L’arbre qui cachait la forêt

Depuis un mois et demi, la presse n’a d’yeux que pour les gilets jaunes. Et pourtant, souvenez-vous, la colère des maires a ouvert le bal, à partir d’octobre, suivie quelques semaines plus tard par la colère des gilets jaunes. Et puis, on a vu poindre la colère des policiers, puis celle des retraités, et sans doute celles à venir, des enseignants, des infirmières, …

Alors, pourquoi donc cet enchaînement de colères ?

Pour certains, la cause est à chercher dans Internet et les réseaux sociaux qui sont des outils de libre expression en même temps que des outils de mobilisation. Ils n’ont pas tort dans la mesure où ces vecteurs facilitent l’expression de la colère. Quoiqu’il en soit, la colère peut servir de thermomètre, car elle se manifeste lorsque l’amour-propre des citoyens est touché.

Mais la principale cause de ces colères réside, en premier lieu, dans le fait que notre démocratie représentative s’est peu à peu endormie sur ses lauriers et qu’elle n’a pas su s’adapter au fil des ans. Depuis cinquante ans, elle a continué à faire toujours plus de la même chose, sans voir que le monde changeait autour d’elle. Ainsi, elle atteint ses limites, elle commence a faire l’objet d’un rejet.

Car toutes ces catégories, et bien d’autres, demandent aujourd’hui PLUS D’ÉCOUTE QU’HIER. Dans nos diverses organisations, force est de constater que, faute d’une adaptation en continu, la réalité des uns n’est pas la réalité des autres, que la réalité du haut n’est pas la réalité du bas.

L’Etat, la démocratie représentative et l’économie de marché : des fondements vieux de plus deux cents ans, appliqués à des réalités qui n’ont plus rien qui n’ont plus rien voir. 

Nos sociétés sont devenues des sociétés complexes, des sociétés de la connaissance, où il ne s’agit plus seulement de délivrer des services publics à une population ignorante, à des administrés passifs.

Des signes avant-coureurs

Il sont connus. Je les liste rapidement :

  • Le désintérêt : abstention croissante au fil des scrutins,
  •  La représentativité : sous-représentation de certaines catégories (femmes, jeunes, ouvriers),
  • Le paradoxe : vote démocratique des citoyens, … élection des élites, ce fut toujours le cas mais les élites ont changé, devenues individualistes, égoïstes, ayant perdu le sens de l’intérêt général et de la nation,
  • Et enfin, un véritable révélateur, le chef de l’Etat qui boude le congrès de l’Association des maires de France. Geste inconcevable dans une démocratie responsable et respectable.

Adopter un mode de gouvernance moderne.

La difficulté, c’est que tout dans nos sociétés n’évolue à la même vitesse. Il y a ce que chacun peut voir (les techniques – avions, trains, voitures, les objets de plus en plus et de mieux en mieux connectés), … et ce qu’on ne voit pas. L’évolution lente qui s’étale sur plusieurs décennies, ce sont d’abord les systèmes de pensée, ce sont ensuite les institutions et ce sont enfin les systèmes d’action collective.

Inertie des systèmes de pensée

La démocratie représentative continue à être présentée comme la démocratie par excellence. La société fonctionne sur la base de représentants élus. On choisit des représentants qui font partie de la minorité cultivée ; ces représentants se réunissent en sessions et rendent compte épisodiquement à leurs mandats. Mais ces modes de représentation ne reflètent plus ni la complexité de la société, ni les systèmes de communication, ni le fait que tout le monde a internet. Et pourtant, le modèle de la démocratie est resté pratiquement inchangé depuis un siècle.

Alors, tous ces représentants, qu’on-t-ils fait de la démocratie qu’il nous faut aujourd’hui démocratiser ?

Inertie des systèmes institutionnels

L’université, par exemple, vue sous l’angle de son organisation, de sa structure en facultés. Elle a maintenu le principe de la segmentation, du cloisonnement, où chacun est en concurrence avec l’autre. Sous l’angle de l’organisation, l’université ressemble à la municipalité avec ses maires adjoints et ses délégations, c’est découpé en facultés, en disciplines.

Les négociations européennes ressemblent à peu de chose près aux négociations menées pour le Traité de Vienne après la chute de Napoléon.

Ainsi, nos systèmes de pensée, nos systèmes institutionnels et même nos modes d’action collectifs (les syndicats, les partis…) sont hérités de systèmes anciens qui ont très peu évolué.

Conclusion

L’un des défis majeurs de la gouvernance territoriale est de gérer la complexité, au plan intellectuel en parvenant à naviguer entre réflexions et actions, entre les différents niveaux de la gouvernance, au plan institutionnel, en dépassant la politique en « silo » qui est souvent le reflet des organigrammes. 

La colère, au-delà de son instinct destructeur, peut être l’occasion d’une prise de conscience des élites en particulier pour travailler sur le système de pensée dans les systèmes institutionnels car les institutions n’ont aucun intérêt à le faire, leur but est de perdurer.

 

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